LAPIERRE: Nom de famille issu d'un toponyme. Origine du nom

Initialement votre nom fut "de Lapierre". La préposition "de" indiquait toujours la provenance, c'est à dire "qui vient de Lapierre". Parfois, elle s'est accolée au nom, lorsque le sens initial ne fut plus perçu, parfois elle a disparu. Ce principe a donné des patronymes tels que Bourgogne (initialement de Bourgogne), Toulouse, Davignon, Duterte, Dorléans etc. Il faut savoir que 22% des patronymes d'aujourd'hui relève d'un nom de lieu. On peut aisément imaginer votre aïeul être dénommé dans les actes administratifs avec la mention "Jehan dit de Lapierre". Dans votre cas, la préposition a disparu. Mais pour quelques porteurs de nom, l'origine peut être la féminisation du nom de baptême Pierre. La Pierre a pu désigner la femme de Pierre, la veuve, comme nous avons des Laphilippe, Lamartine ("la Martine", femme de feu Martin), etc.

Quelques mots d'histoire vous permettront de bien comprendre le contexte dans lequel le nom Lapierre a évolué. Dès le Vème siècle, après la période romaine qui avait apporté le modèle des noms multiples (César s'appelait Julius Caïus Caesar), le christianisme triomphant, à l'instar des Francs germains, impose le système du nom unique. En attribuant un nouveau nom le jour du baptême, tels Bernard, Louis ou Victor, les chrétiens voulaient marquer une rupture avec le monde ancien et symboliser l'entrée dans un nouveau monde. Désormais, nos lointains ancêtres ne portent plus qu'un seul et unique nom, celui qu'ils ont reçu le jour de leur baptême.

Au bout de cinq siècles de cette pratique, le nom unique va se heurter à de nombreux problèmes d'homonymie dus à un essor démographique sans précédent. En effet, pendant cette période des XIème, XIIème et XIIIème siècles où se sont formés les noms de famille, la population française aurait triplé, passant de 5 à 15 millions d'habitants. Lorsqu'une majorité d'individus portait les mêmes noms, le choix se limitait aux noms les plus illustres, notamment ceux des saints, il est alors facile d'imaginer pourquoi le système du nom unique a volé en éclats.

Pour contrecarrer ces homonymies, nos ancêtres ont naturellement fait appel aux surnoms, c'est-à-dire qu'un qualifiant complémentaire au nom de baptême vient préciser l'identité. C'est ainsi que Bernard devint Bernard le grand, Louis le pieux, Victor du mont ou Bertrand le barbu. Ces surnoms étaient tirés soit de l'aspect physique de la personne, tel "le chauve", soit de son lieu d'origine, "du chemin", soit de son métier "le boulanger", soit de ses moeurs "boileau" (qui aime le vin) ou tout simplement ils exprimaient une continuité du nom de baptême comme Michelin pour Michel.

Pourquoi le surnom s'est-il fixé en nom de famille? Cette désignation a d'abord affecté un homme, puis toute la "maisonnée". Cette appellation "collait à la peau" de vos aïeux, c'était la maison "des". Et dans les actes administratifs, les rôles d'impôts, etc. qui sont à l'origine de la transmission héréditaire, les scribes notaient, s'il n'avait pas encore de surnom, l'identité de l'individu, par la mention du type "Jehannes de Lapierre", puis plus tard pour le fils, "Jacobus filius Jehanni dict Lapierre" (Jacques fils de Jean dit), puis pour faire court "Jacobus Lapierre" (sous entendu "fils de"). Ainsi le surnom du père se transmet de génération en génération. Plusieurs porteurs de ce patronyme sont recencsés en Europe, au Canada et aux États-Unis d'Amérique.